Le combat doit être actif

Écrit par Alix Coicou, Haïti Liberté, édition du 12 au 18 janv 2022 

Je refuse de me laisser emporter par le pessimisme. Je refuse que la résignation s´empare de moi. Je refuse de démissionner. En dépit des nombreuses difficultés qui s´entassent de manière accélérée, je revendique la lutte, une lutte active afin de vaincre les divers écueils qui surgiront. Je ne parle pas d´armes, je parle de la force de l´esprit, de la raison, de la volonté et surtout de la conviction dans les idées auxquelles je crois et que beaucoup d´entre nous partagent. Je crois fermement que mon pays ne peut pas continuer à reculer, je suis persuadé qu´ il existe des remèdes aux différents maux dont il souffre et cette tâche dépend de nous, de nos efforts, de notre détermination. Mettons fin à la lâcheté, aux discussions stériles, aux interminables bavardages et cherchons ensemble les moyens de changer cet anachronisme. Cessons de soupirer et de pleurnicher, nous continuerons de plaire à l´adversaire si nous ne modifions pas notre stratégie; fuyons tout fatalisme qui nous conduit à l´indolence et au découragement. Dans le cas contraire, nous contribuons à perpétuer l´irrationnel, le néfaste, l´abject et nous cheminons invariablement vers l´échec. Soyons précautionneux, intelligents et donnons à l´ennemison dû. Je suis sûr que nous pouvons surmonter nos différences, qui viennent en grande partie de désirs infantiles de protagonisme, d´égocentrisme et d´égoïsme, sentiments ignobles qui nous empêchent d ´avancer, de donner naissance à de nouvelles façons de penser, d´exposer des idées, de développer des projets, etc., et ainsi d´avoir une vision de futur. 

Haïti a un passé glorieux et nous devons le récupérer avec effort, courage et continuer sur cette voie. Nos ancêtres ont su nous libérer du joug de l´exploitation, de l´esclavage, sans l´aide de forces extérieures ou étrangères, à la sueur de leur front, en menant de multiples combats dans des condi-tions inégales, avec la claire idée et la ferme conviction de vaincre l´ennemi et ils remportèrent la victoire. Ce fut une étape inexplicable, incommensurable, un évènement jusqu´ici sans précédent à niveau mondial. Nous le pouvons aussi, avec l´assentiment de ceux qui veulent, de ceux qui osent dire non à la misère, à la corruption, au népotisme et à l´obscénité. Avec l´aide de ceux qui aspirent à marcher avec la tête haute, dignement et fiers d´appartenir à un petit pays qui, au début du XIXe siècle, écrivit l´une des plus belles pages du grand livre de l´histoire de l´Humanité, s´affirmant comme le défenseur des concepts de progrès, de modernité, de liberté et d´avancement, et qui avec obsti-nation et d´énormes sacrifices a su se gagner le respect et se classer par ses mérites dans le concert des nations. C´était sans équivoque la conquête de la liberté et de l´indépendance de ce peuple. 

J´appelle toutes et tous mes compatriotes à réfléchir sur ces lignes et à essayer d´apporter le meilleur d´eux-mêmes pour sortir la patrie de ses décombres, pour construire notre bien aimée Haïti. Un appel que j´adresse aussi aux étrangers qui se sentent concernés et consternés par la situation dramatique dans laquelle se trouve le pays. Nous avons tous cette obligation et nous pouvons chacun apporter notre grain de sable. Et si la vie ne réserve pas à certains d´entre nous le privilège d´assister à ce grand évènement, à ce changement tant souhaité, nous pouvons être sûrs que les générations futures diront avec fierté que leurs proches, alliés à des gens de bonne volonté, ont restitué à la nation son essence, sa saveur, sa splendeur, son éclat et, par conséquent, sa noblesse souillée depuis de longues années, retrouvant ainsi son intégrité. 

Je ne prétends en aucun cas m´ériger en moteur ou leader d´une cause, mais j´entends bien être de ceux qui luttent, aux côtés des autres, pour chercher des solutions, étant bien conscient que je ne suis pas en possession de la vérité absolue. Le combat sera dur, mais nous gagnerons. 

*Article du docteur Alix Coicou (médecin- psychiatre) traduit en français, publié le 27 décembre 
2021 par le journal digital espagnol `` Diario de Sevilla `` et par le quotidien ``  La Estrella de Panamá `` le 28 décembre. 

Séville, 7 janvier 2022