Ouanaminthe : Protestation contre les déportations

Écrit par Isabelle L. Papillon, Haïti Liberté, édition du 30 novembre au 2 décembre 2022 

Pour dénoncer les déportations illégales, inhumaines et racistes des migrants haïtiens par l’État dominicain sous la direction du président Luis Abinader, des citoyens de la ville de Ouanaminthe s’étaient mobilisés pour montrer leur indignation face aux mauvais traitements que subissent leurs compatriotes massivement rapatriés de la République voisine et leur témoigner et leur solidarité. 

La première réaction des organisations locales de Ouanaminthe a été une grande manifestation puis la fermeture de la barrière d’accès à la ville frontalière dominicaine de Dajabon le lundi 21 novembre 2022. 

Les manifestants ont non seulement enchaîné le portail de la partie haïtienne mais ils l’ont aussi bien cadenassé pour empêcher de part et d’autre toute circulation reliant les deux pays. De nombreuses revendications, des slogans hostiles au gouvernement des deux pays ont été affichés sur la barrière. 

Au cours de cette fermeture, des membres de la Plateforme des Organisations de la Société Civile, pour faire preuve de leur patriotisme et renouveler leur fierté en leur bicolore, ils ont repeint la façade de la barrière en territoire haïtien avec les couleurs nationales. Et de nouveaux mâts et des drapeaux bleu et rouge ont été hissés à chaque extrémité du portail. C’était comme s’ils voulaient redonner une autre image, un autre visage au pays. En enlevant les habits en guenilles pour lui en mettre d’autres. Une façon symbolique de lancer un message pour dire à nos détracteurs, que nous ne sommes pas ce que l’on veut faire de nous ou ce que l’on pense de nous. 

Le gouvernement de facto en Haïti, très soumis aux dirigeants dominicains a déployé des agents de la POLIFRONT de la police nationale d’Haïti pour essayer de débloquer la frontière. Dans le même temps, une délégation gouvernementale avait tenu des séances de travail avec les autorités locales et les leaders de la société civile afin de favoriser une reprise des activités commerciales, puisque cette fermeture boycottant ainsi la partie dominicaine de ce marché dit binational aurait provoqué des pertes financières de la part des entreprises dominicaines. 

Ainsi, le samedi 26 novembre, la barrière principale de la frontière haïtiano-dominicaine à Dajabon a été réouverte. La façon dont s’est pris le gouvernement a été qualifiée par les organisations initia-trices du mouvement d’un faux pas majeur pour déstabiliser le mouvement. 

Ces militants tels que Dionel Germain, Wideline Pierre, Jean Rony Augustin ont catégoriquement dénoncé ce faux-pas dans une conférence de presse le dimanche 27 novembre. Selon eux, ce mouvement citoyen visait à forcer les dominicains à traiter les migrants haïtiens avec respect et les autorités haïtiennes à assumer leurs responsabilités. 

Juste après cette conférence, la population de Ouanaminthe a repris les rues pour manifester contre le pouvoir local et celui de la République raciste. À nos jours, la situation reste calme mais rien au fond n’a changé. Deux marchés binationaux ont été ouverts et ont fonctionné normalement, ceux de Ouanaminthe à Dajabón et de Anse-à-Pitres à Pedernales. Cependant celui de Belladère / Carrizal, reste toujours fermé suite aux protestations des citoyens haïtiens en solidarité avec leurs compatriotes, empêchant aux marchands dominicains de produits agricoles d’entrer sur le territoire haïtien bien que la porte frontière côté dominicain était ouverte dès 8h00 du matin. 

Dans la même veine, une manifestation a eu lieu à Port-au-Prince le mardi 29 novembre 2022 pour continuer à dénoncer les mauvais traitements infligés aux travailleurs migrants haïtiens en République voisine et l’attitude mesquine, insouciante, antipatriotique du régime en place. 

Par ailleurs Wideline Pierre, directrice départementale du Nord-est du ministère de l’environnement et membre actif de la Plateforme des organisations de la société civile de Ouanaminthe vient de démissionner de son poste en signe protestation contre le comportement jugé irresponsable des autorités haïtiennes à l’égard des leurs compatriotes en difficulté en République Dominicaine. 

Dans sa lettre de démission, elle a indiqué : « je souhaite quitter mes fonctions de Directrice Départementale du Ministère de l’Environnement à cause de mes nouveaux engagements citoyens dans la lutte sociale et politique devant conduire à l’amélioration de notre société. Interpellée par les défis sociaux aigus d’une communauté en agonie, d’une part; ne voulant pas transgresser le devoir de réserve qu’impose ma fonction dans l’éventualité d’un conflit d’intérêt, d’autre part; je vous remets donc ma démission »